La transparence comme méthode

Par Jean-Philippe Boulanger — Co-Fondateur et CEO de DEMFI··4 min de lecture
Graphique des ROI quotidiens sur 30 jours, mélangeant des barres vertes (jours gagnants) et rouges (jours perdants), avec une ligne pointillée matérialisant le ROI moyen pondéré

La plupart des services de prédiction publient leurs meilleurs jours. Pas leurs pires.

Nous, on publie les deux. Aujourd'hui, chaque pari que nous avons fait depuis le 21 avril sur les marchés Polymarket de température maximale est public — réussites et pertes confondues. Cinquante villes, quatorze modèles, trois types de paris, chaque résultat journalier vérifié contre l'observation réelle.

Pourquoi ? Parce qu'une prévision probabiliste sans track record vérifiable, ce n'est pas de la science. C'est de la communication.

Pourquoi on publie tout

Les deux premiers posts de cette série ont défendu une idée simple : la météo est probabiliste. À 24 h d'échéance, l'incertitude naturelle d'une prévision est de 1 à 2°C — souvent plus large qu'un bucket Polymarket. À 3 jours, on tape les 2 à 3°C. Ce n'est pas un défaut technique : c'est l'atmosphère.

Conséquence directe : un système probabiliste doit avoir tort régulièrement. Mathématiquement. Si on annonce « 85% de chances que ce NO tienne », alors une fois sur sept en moyenne, il ne tient pas. C'est exactement ce que veulent dire ces 85%.

Cacher les jours où il ne tient pas, c'est mentir sur la nature même de l'outil. Une page de track record qui n'affiche que des barres vertes, c'est un argument marketing — pas une preuve.

Ce que vous voyez exactement

Voilà ce que vous trouvez sur demfi.io/track-record :

  • Trois familles de paris, chacune suivie séparément. Long Shots (positions YES sur les buckets extrêmes, prises uniquement quand le marché paie sous 0,05$). Edge Bets (la zone proche du mode, où il faut prévoir au degré près — encore en phase expérimentale). Safe Bets (positions NO sur les buckets que le modèle exclut avec une forte confiance).
  • Quatre niveaux de confiance Markov par ville : HIGH, MEDIUM, LOW, NONE. C'est la maturité de notre calibration sur cette ville précise — pas un score d'opinion.
  • Chaque ligne traçable : par jour, par ville, par bucket. Vous pouvez cliquer sur n'importe quel point du graphique et voir les paris correspondants, leur prix d'entrée, leur résolution.

Un point qui mérite clarification, parce que beaucoup de gens vont mal le lire : NONE ne veut pas dire « confiance basse ». Ça veut dire que la ville n'a pas encore accumulé assez de jours résolus pour qu'on lui donne un vrai score. Les nouvelles villes restent en NONE jusqu'à avoir assez d'historique, puis migrent vers un vrai niveau. Confondre les deux mène à des conclusions fausses.

Ce qui marche, ce qui marche moins

Les chiffres parlent d'eux-mêmes — je vous laisse les regarder. Mais voici le résumé honnête tel que nous le voyons.

Les Safe Bets en confiance HIGH sont notre signal le plus mature. Quand notre modèle dit « la température max sera dans ce bucket avec ≥ 97% de probabilité », et que le marché paie quand même 86 à 94 cents pour le NO, l'edge est réel et reproductible.

Les Edge Bets sont les plus difficiles techniquement. Il faut prévoir au degré près, à la fois le bucket gagnant et les deux ou trois buckets perdants juste à côté. C'est pour ça qu'ils restent en phase expérimentale : on continue à les affiner.

Les Long Shots vivent de quelques gros coups. Ils paient rarement. Quand ils paient, ils peuvent rapporter vingt à cent fois la mise — mais le slippage Polymarket et la liquidité limitée sur ces buckets nous obligent à des mises de 1$, parfois quelques dollars. Pas plus.

Personne ne gagne tous les jours. Pas nous, pas n'importe qui. Le track record le dit clairement.

Comment lire ça correctement

Le piège, en regardant ces chiffres, est de chercher la bonne combinaison du jour. Ça n'existe pas.

Gagner sur Polymarket, ce n'est pas prévoir le bucket gagnant. C'est détenir, chaque jour et pour chaque ville, une combinaison cohérente de positions YES et NO sur la distribution. La diversité — sur des dizaines de marchés indépendants — fait le résultat ; pas le pari isolé qui sort du lot. C'est ce qu'on a essayé de matérialiser dans la matrice de performance : pour comprendre ce qui fonctionne, regardez les blocs (type × confiance) — pas les lignes individuelles.

Sizing constant ou proportionnel. Jamais tout sur un seul pari. C'est aussi simple que ça.

Ce qu'on ne fait pas (encore)

Trois précisions, parce que la transparence va dans les deux sens :

  1. Les chiffres affichés ne tiennent pas compte du slippage ni de la liquidité limitée sur certains buckets Polymarket — c'est particulièrement vrai sur les Long Shots. Un edge théorique qui ne se concrétise pas à l'exécution, on l'appelle un edge mort.
  2. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Trois mois de track record ne garantissent rien. Six mois non plus.
  3. Rien de ce que vous lisez ici n'est un conseil financier. Ce sont des outils d'aide à la décision pour des gens qui prennent leurs propres risques.

Le track record est sur demfi.io/track-record. Connectez n'importe quel wallet — un seul plan mensuel débloque toutes les villes, et vos posts positifs sur DEMFI publiés sur X rapportent 1 crédit par jour.

Bonne analyse,

— JP

La transparence comme méthode — 2026 | DEMFI